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Saint-Etienne-du-Gué-de-l'Isle

VIP-Blog de bocme
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  • Créé le : 21/05/2007 18:45
    Modifié : 25/02/2011 12:13

    Fille (57 ans)
    Origine : Saint Brieuc
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    Jean de Rohan-du-Gué-de-l'Isle (I)

    21/02/2010 07:24



    Jehan Rohan-du-Gué-de-l'Isle : un seigneur éclairé, pionnier et lettré

    Pour mieux situer le personnage, il semble préférable de retracer en premier lieu l'histoire de sa branche, celle des Rohan-du-Gué-de-l'Isle.   (d'après le Dictionnaire de la noblesse... (tome XII) de Franc̜ois Alexandre Aubert de La Chesnaye Desbois )

     

     

     Eon de Rohan, sixième fis d'Alain VI, vicomte de Rohan, et de Thomasse de la Roche-Bernard , sa seconde femme, épousa Aliette de Coëtlogon, dame du Gué-de-l'Isle, et fit bâtir le château du Gué-de-l'Isle[1], situé dans la paroisse de Plumieux, évêché de Saint-Brieuc, et fut partagé par Olivier, vicomte de Rohan, son frère, de 300 livres de rente le Mercredi avant la Toussaint 1311. Cet acte a été scellé de trois sceaux ; le premier, chargé d'un échiqueté au canton d'hermines qui est celui du duc de Bretagne, le deuxième, avec des macles, qui est celui d'Olivier de Rohan, le troisième, celui d'Eon avec les macles et une bande. Il y a un autre acte de partage entre le même Olivier et Eon, son frère, du Samedi avant la Purification de la Vierge 1317, et un troisième, du Mercredi avant la Sant-Luc 1319. Aliette de Coëtlogon, dame du Gué-de-l'Isle, eut son douaire assigné sur les 300 livres de rente que son mari avait eues en partage. Leurs enfants furent Olivier, qui suit, et Richarde, femme d'Eon, seigneur de Tréal et du Goray, fils de Gilles, seigneur de Tréal.



    [1] Il s'agirait d'une deuxiême construction puisque le 1° (motte féodale en bois ) aurait été construit par Eudon de Porhoët dans les années 1040. Etait-il déjà construit sur le site actuel ou plutôt au bourg même ainsi que le laisseraient supposer l'emplacement de la chapelle devenue église et l'auditoire tout proche de même que la localisation de la ferme dénommée "Métairie de la Porte " comme la plupart des tenures agricoles attenantes au château ? Le déplacement se serait fait entre la 1° et la 2° construction ou entre la 2° et la 3°, celle de Jehan Rohan-du-Gué-de-l'Isle.

     

    Olivier de Rohan, Seigneur du Gué-de-l’Isle, Chevalier, transigea, en 1347, avec Alain VII, vicomte de Rohan, son cousin ; il partagea, en 1399, avec Jean d’Avaugour, second mari d’Isabeau de Marchaix, sœur utérine de Havisette, sa femme, et vivait encore en 1402. Il avait épousé 1° Alaine de Botdevenu dont il n’eut qu’une fille, Catherine de Rohan, femme d’Alain de Theu, et 2° Harisette, Dame de la Châtaigneraye , fille de Raoul, Seigneur de la Châtaigneraye (Campénéac), et de Margilie Budes, Dame d'Uzel. De ce mariage naquirent -1 Alain, nommé entre les Gendarmes de Richard de Bretagne, et mort sans alliance -2 Sylvestre, Chanoine de Saint-Brieuc en 1415, -3 Olivier qui suit, -4 Isabeau, femme d'Alain de Beaumont, Chevalier, morte en 1434 -5 Jeanne de Rohan veuve en 1412 de Jean, Seigneur du Cambout et du Vau Riou, fils d'Alain, Seigneur du Cambout, et de Jeanne de Tournemine, sa première femme ; elle était veuve en 1428.

    Olivier de Rohan, II° du nom, Seigneur du Gué-de-l'Isle, de la Châtaigneraye et du Pornic, premier Ecuyer du Duc Jean VI de Bretagne, mourut au mois de novembre 1463 ; il avait épousé Marie de Rostrenen, fille de Pierre, Seigneur de Rostrenen, et de Marguerite de Maulny ;elle mourut en 1471. Enfants -1 Olivier, seigneur du Gué-de-l'Isle, mort sans postérité -2 Jean qui suit, -3 Catherine mariée à Geoges Chesnel chevalier seigneur de la Ballue - 4 Marie, femme en 1450 de Caro, Seigneur de Bodegat. Elle plaidait pour son partage en 1480.  - 5 Yolande, mariée par contrat du 10 octobre 1463, à Guillaume le Sénéchal, Seigneur de Kercado, mort en 1505, laissant pour fils Jean le Sénéchal, duquel sont descendus les marquis de Kercado.   - 6 Jeanne, partagée en 1479, mariée à Jean de la Touche Limousinière, fils de François, Seigneur de la Touche - 7  Jeanne dite la Jeune , Dame du Pouldu, mariée à Jean de Ramée, seigneur de Vigneau et qui testa le 1 décembre 1499. (Elle fut arrière-grand-mère du poète Joachim du Bellay)

      

    Jean de Rohan, seigneur du Gué-de-l'Isle, de la Chataigneraye et du Henleix (=Hanleix), chevalier, rendit aveu le 17 janvier 1478, à Catherine de Rohan, dame d'Albret, vicomtesse de Tartas ; il était en 1483 curateur de Jean le Sénéchal seigneur de Kercado ; il mourut en 1493. Il avait épousé Gillette alias Guyonne de Rochefort, dame du Henleix et du Procope, fille unique de Guillaume de Rochefort, seigneur du Henleix et de Jeanne de Bruc. Ils eurent deux enfants, François seigneur du Gué de l'Isle décrit ci-dessous et Jehan, seigneur de Trégalet, qui dissipa sa fortune mais fut à l'origine d'une nouvelle branche des Rohan, les Rohan-Pouldu (la seigneurie du Pouldu apportée par sa 2° épouse était située en Saint-Jean-Brevelay).

    .

     

    François de Rohan, seigneur du Gué-de-l'Isle, de la Chastaigneraye (Campénéac), du Hanleix, épousa en 1° noces Jacquette, dame de Peillac et de Periac, fille de Jean de Peillac et de Jeanne de Treal. -1 Leur fils, Jean de Rohan, seigneur du Gué-de-l'Isle, mineur en 1501, sous la tutelle de Jean de Rieux, maréchal de Bretagne,  partagea avec Vincente, sa soeur en 1504 et mourut sans enfants mettant fin à la transmission du nom "Rohan du Gué-de-l'Isle" -2 Cyprienne de Rohan, dame du Gué-de-l'Isle, la Chastaigneraye , du Hanleix, de Peillac, Piriac et Trégalet, épousa après la mort de son frère François de la Feuillée et de Langerseau, vicomte de Pléhédel, fils de Silvestre, seigneur de la Feuillée , chevalier, et d'Anne du Perier. Elle mourut en 1534 et son mari le 17 mars 1538.  -3 Vincente de Rohan, femme de Maurice de Plusquellec, seigneur de Bruillac, lui apporta en dot la terre de Peillac par transaction avec Jean de Rohan ci-dessus. En 2° noces, François de Rohan épousa Adelise du Juch, fille d'honneur de la reine Anne de Bretagne qui assista à son contrat de mariage le 1 décembre 1503. Elle était fille de Jean du Juch seigneur du Juch et du Mur, chevalier et de Louise Le Baillif, dame de Kersimon en Plouguin. Ils ne semblent pas avoir eu d'enfants.

                                              ----------------------------          

     Au sein de ce tableau généalogique, Jehan Rohan-du-Gué-de-l'Isle se situe au sommet du rameau des Rohan Gué de l'Isle. Ses ascendants ont bâti la lignée, alors que ses petits-enfants sont les derniers à porter le nom, les biens éparpillés soit par mariage, soit par ruine. Mais en quoi ce chevalier s'est-il distingué ?

     

    Trois de ses initiatives font encore ressurgir sa mémoire : la création de deux moulins à papier (parmi les quatre premiers en Bretagne), de la première imprimerie de Bretagne et la (re?)construction du château du Gué-de-l'Isle qui a donné au bâtiment principal sa forme actuelle. Ces travaux ne l'ont pourtant pas immobilisé sur son domaine. L'histoire le montre intervenant dans maintes affaires, et dans des lieux bien écartés de Saint-Etienne, la plupart du temps au service du duc.

       

    Sa date de naissance se situe autour de l'année 1425, sa mort en 1493. Le Gué-de-l'Isle n'est pas le seul domaine de sa famille. S'y rajoutent des domaines à Pornic (actuellement en 44), à Trégalet (29), et à la Chataigneraye (en Campénéac). En 1453, il contracte un mariage avantageux avec Guyonne de Rochefort, fille unique de Guillaume de Rochefort[1], qui lui apporte par héritage la seigneurie de Procop et de Henleix (Guérande). Comme son propre père et son beau-père, Jean Rohan du Gué de l'Isle devient chambellan des ducs Pierre II et Arthur III. Il est aussi nommé grand fauconnier de Bretagne : puis capitaine de la ville de Conq(arneau) pendant 22 ans de 1458  à 1480. A l'occasion, le duc le délègue pour des missions à l'extérieur, comme en 1475 à Senlis pour signer la paix entre Louis XI et François II. En tant que branche cadette de la maison des Rohan, il fait aussi partie du Conseil du Vicomte de Rohan. Sa position n'a pas dû être facile tous les jours. Le Vicomte de Rohan, Jean II de Rohan et le duc de Bretagne, François II, étant en conflit permanent, son devoir féodal de fidélité à ses suzerains s'est souvent trouvé en porte-à-faux. Un exemple : en 1484, Jean II de Rohan, craignant une vengeance du duc, quitte la Bretagne sans l'autorisation de ce dernier, et se rend en royaume de France. François II, une fois de plus, saisit tous ses biens et établit des capitaines dans ses places fortes. C'est Jean de Rohan-du-Gué-de-l'Isle qui est nommé au commandement de Josselin. A l'époque Josselin étant la principale place forte de la vicomté, on devine l'affront qu'a dû ressentir Jean II de Rohan. Et pourtant, il semble que Jean de Rohan-du-Gué-de-l'Isle ait toujours su jouer finement, car on ne trouve pas son nom parmi les multiples procès intentés par le vicomte pour les motifs les plus divers et même anodins, ni parmi ceux du duc de Bretagne.



    [1]La famille de Rochefort est une maison importante à l'époque. Elle s'est illustrée dans de nombreuses batailles. Dans un traité passé entre les habitants de Saint-Malo, l'évêque et le duc de Bretagne en 1384, Guillaume de Rochefort est qualifié de chambellan du duc.  

    1- L'imprimerie

    Malgré ses nombreuses fonctions, Jean Rohan-du-Gué-de-l'Isle ne délaisse pas son domaine d'origine, malgré l'éloignement de toute ville et de toute activité importante. Et c'est là qu'il fait venir deux imprimeurs qui vont sortir les premiers livres imprimés de Bretagne, 30 ans seulement après son invention par Gutenberg à Mayence, et 14 ans après Paris. Pour un tel projet, on peut s'étonner du choix du lieu, car Jean Rohan-du-Gué-de-l'Isle ne manque pas d'autres domaines. Ceci peut peut-être s'expliquer par la période de guerre quasi-permanente qui trouble à ce moment le duché et qui se termine par la défaite de la Bretagne et son annexion à la France. Il est possible que Jean de Rohan ait jugé que ses terres isolées étaient plus sûres[1].  Car ainsi que l'écrit la Borderie , dans le chapître "Les premières impressions bretonnes" de son Histoire de Bretagne :"Les premières impressions demandaient beaucoup de temps et entraînaient de grands frais. On ne les entreprenait que quand on était assuré du résultat. Les imprimeurs ne travaillaient donc que quand ils étaient soutenus par un Mécène généreux qui pût, en se parant de leurs oeuvres, rémunérer leur travail. Le livre imprimé était encore un objet de luxe que l'on commandait comme un tableau ou une statue ; et c'est pourquoi les premiers imprimeurs ont travaillé beaucoup plus pour des particuliers que pour le public. De grands seigneurs, des abbayes, des bourgeois opulents pouvaient seuls se permettre cette dépense"[2].


     


     

     

    [1] Et, par ailleurs, à la même époque, on a vu qu'il tient la place de Josselin.

    [2] On remarquera qu'en Bretagne, les trois premières imprimeries émanent de ces trois mécènes : celle de Bréhan d'un seigneur, celle de Tréguier du chapître, et celle de Rennes de Jean Hus, un bourgeois.

    Le texte de la Borderie donne ensuite un rapide résumé de cette entreprise : "Au château du Gué-de-l'Isle, près de Bréhant-Loudéac, un gentilhomme ami des lettres, Jean de Rohan, sire du Gué-de-l'Isle, -non pas le vicomte Jean de Rohan, chef de cette grande maison qui joua un si triste rôle lors de la dernière guerre, - son cousin, chef d'une branche cadette moins puissante et moins riche, eut l'idée de faire imprimer pour lui plusieurs ouvrages formant une sorte d'encyclopédie. Il fit venir, - on ne sait de quelle ville, - deux imprimeurs qui s'appelaient Robin Foucquet et Jean Crès. Le matériel était coûteux, mais pas très difficile à transporter : une petite presse, une police de lettres en métal, une boîte ou casse pour les distribuer, quelques accessoires, quelques outils et c'est tout. Les deux ouvriers installèrent leur atelier non pas probablement au bourg de [Bréhan]Loudéac même, distant d'une lieue[1] et demie, mais dans un des villages situés en face du château, sur la rive droite de la petite rivière du Lié qui entoure ce beau logis du XV° siècle, couronné d'une admirable charpente en voûte ogivale.

    Les deux imprimeurs restèrent huit mois à Bréhant, de décembre 1484 à juillet 1485 ; Robin Foucquet était le maître et Jean Crès l'aide ; ils ne perdirent pas de temps, ils composèrent et tirèrent au moins dix[2] ouvrages ou volumes qui se suivirent de fort près. Tous ces incunables ont des traits communs impossibles à méconnaître, ils ont le même format (petit in-4°), le même caractère, la même justification (longueur de la ligne), le même nombre de lignes à la page et la même hauteur de page, le même papier avec le même filigrane : on dirait le même livre. Le caractère est gothique, assez lourd, peu élégant, mais très net ; le tirage est bon, noir et égal. Ces dix ou onze ouvrages5 forment une petite bibliothèque en lange française des connaissances les plus utiles à un homme instruit de ce temps. Ce fut évidemment l'intention de celui qui les commanda. Cinq sont relatifs à des questions religieuses, trois sont de petits traités de morale chevaleresque ; et deux renferment des connaissances pratiques utiles à tous pour la conduite de leur vie."

     

    Ensuite, la Borderie décrit les oeuvres une par une. Telle n'est pas ici l'intention. La question peut être approfondie en allant à l'adresse suivante : http://www.archive.org/stream/limprimerieenbr00nantgoog#page/n20/mode/1up



    [1] Lieue = 4,4km

    [2] En réalité au moins 12

     Du  point de vue de l'histoire du Gué-de-l'Isle, on peut s'interroger sur l'oubli qui a affecté cette entreprise durant des siècles. L'éloignement des centres culturels et économiques, le faible tirage des incunables (au mieux une centaine), la rapide et abondante rotation des familles seigneuriales après la disparition des Rohan-du-Gué-de-l'Isle, et l'inoccupation de plus en plus fréquente du château les ont conduits à la disparition. Pour la plupart, il en reste aujourd'hui un exemplaire, au mieux trois. La collection de la Bibliothèque Nationale provient de la collection importante de livres opérée par la famille de bibliophiles avertis, les Bourbon-Vendôme. Au fil des vicissitudes de l'histoire cette collection a été dispersée et une partie rachetée par la BN. A la date d'aujourd'hui, douze ouvrages ont été authentifiés comme venant de Bréhan, mais cette liste est-elle exhaustive ?

     

    Il n'y a pas que les incunables qui ont disparu. L'existence de l'imprimerie elle-même a été effacée des mémoires pendant des siècles. Il faut dire que les historiens bretons ne l'ont pas mise en valeur. Pierre le Baud (1450-1505), Alain Bouchart (1478-1530), Bertrand d'Argentré (1519-1590), Dom Lobineau (1666-1727), Dom Morice (1693-1750) ne la mentionnent jamais. En outre, comme la plupart des ateliers de typographie de l'époque qui venaient pour un contrat puis repartaient ailleurs, elle a été très limitée dans le temps, et n'a donc pas eu le temps de frapper les esprits. Les habitants, totalement illettrés, en ont-ils même eu connaissance ? Il faut attendre le XVIII° siècle pour que des érudits  entreprenant des recherches sur les débuts de l'imprimerie retrouvent cette production précoce et originale. Entre-temps on a oublié le lieu de son implantation, le souvenir de ses typographes, en particulier celui de Foucquet[1]  dont on ne connaît ni l'origine, ni le lieu d'apprentissage, ni la façon dont il a pu acquérir son matériel et être contacté par Jean Rohan du Gué de l'Isle, ni ce qu'il est devenu par la suite de même que son matériel. Puis après redécouverte au XVIIIe siècle, l'imprimerie a été imputée à Loudéac, avant d'être relocalisée à Bréhan[2]. Il est d'ailleurs symptomatique que M. Chapron, dans l'article sus-cité, ne la mentionne pas, alors qu'il parle du moulin à papier dont l'activité a, elle aussi, pourtant disparu. Une autre incertitude demeure concernant Simon de Colines, un célèbre innovateur dans les arts typographiques [3], actif à Paris de 1520 à 1546. Il fut un temps considéré comme étant né à Collinée et avoir été à Bréhan l'apprenti de Foucquet et Crès. Mais les avis ont évolué à ce sujet et il est plus probable qu'il ait été étranger à l'entreprise. Quoiqu'il en soit, le fait même que l'on ait pu penser qu'il avait appris son métier à Bréhan, montre la qualité que l'on accorde à cette première imprimerie de Bretagne.



    [1] On sait que Crès partit à Lanthenac et y réinstalla une imprimerie qui dura peu de temps. Puis il alla participer à la reconstruction du  château de Quintin où il opéra en tant que plombier.

     [2] A l'époque, Bréhan était connu comme une localité insignifiante dont il ne pouvait pas sortir grand-chose. Pourtant les colophons des incunables ne prêtent pas à ambiguïté.

     [3] Jusque là les imprimeurs n'étaient pas sortis du format des manuscrits médiévaux. Avec Simon de Collines, les livres vont acquérir la forme qu'on leur connaît et les caractères encore utilisés de nos jours (italiques et cursifs).

      Outre son esprit pionnier, l'imprimerie de Jehan Rohan du Gué de l'Isle, par les oeuvres choisies, révèle quelque peu sa personnalité. Michel Simonin, dans une conférence donnée en 1985 à l'occasion des 500 ans de son introduction, le décrit ainsi : "Homme curieux mais qui savait, à la manière de Gargantua, sa première éducation trop courte ; ouvert aux courants traditionnels de son temps sans refuser ce qui lui parvenait des modes lointaines ; épris de belles-lettres, et plus encore soucieux du salut de son âme plutôt que de la santé de son corps. Et sans doute, par un geste de ferveur, persuadé qu'en confiant aux soins de l'"admirable invention" ceux des titres qu'il chérissait le plus, il les recommandait particulièrement aux siècles à venir. Le temps lui a donné raison."

     Puis Simonin, s'interrogeant sur l'origine de cet atelier et par conséquent sur les relations de Jean Rohan du Gué de l'Isle, écrit : "Vouloir, c'est désormais chose entendue. Il fallait d'abord pouvoir. D'où vint l'aubaine ? De la mer. On se l'est longtemps demandé et si la réponse fut telle, on le dut plus à l'intuition qu'à un commencement de preuve. Or il nous paraît que cette preuve existe. Fixons encore une fois les données reconstituables. Les imprimeurs de Bréhan disposent d'un matériel d'impression et non pas des moyens de le renouveler. Ils l'ont acquis ailleurs. La comparaison des caractères qu'ils emploient avec ceux utilisés vers 1480 à Oudernaarde par Arend de Keyser (....) fait apparaître de troublantes ressemblances. Faut-il remonter à un atelier commun ? La question est encore ouverte mais nous savons désormais où chercher aux Pays-Bas plutôt qu'en Angleterre, à Paris ou à Lyon où rien de pareil ne se rencontre. Doit-on imaginer une étape normande ? La chose est probable car Foucquet use d'un signe typique de cette région".

    Si l'origine de l'initiative de Jean de Rohan du Gué de l'Isle reste mal définie, on voit qu'il était lié au milieu de la mer soit directement soit par des intermédiaires. Et cela ne saurait surprendre, étant donné ses autres domaines situés en bord de mer : Trégalet, Pornic, Henleix en Saint-Nazaire et sa fonction de capitaine à Concarneau ; le domaine du Gué-de-l'Isle, berceau familial, restant utilisé comme abri pour ses innovations. Par ailleurs ce qui fait la particularité des trois premières imprimeries bretonnes (Bréhan, Tréguier et Rennes), c'est qu'elles ont toutes utilisé le même matériel typographique, Bréhan prenant les gros caractères, Tréguier le caractère moyen, et Rennes le petit. Elles se sont toutes les trois mises à composer en même temps, Bréhan ayant pris un peu d'avance pour la sortie de son premier livre. Ce partage, avec tout ce que cela suppose de tractation, met à nouveau en évidence l'insertion de Jean Rohan du Gué de l'Isle dans une société soucieuse de nourritures intellectuelles, à la différence de la majorité des élites de l'époque plus soucieuse des armes que des lettres.  

     Pour terminer, voici un texte un peu plus récent de Michel Simonin (référence sur le sujet) extrait de Trésors des Bibliothèques de Bretagne (1989) :

     

     

      "Il était une fois le seigneur du Gué-de-l'Isle. L'histoire tient en effet du conte de fées. Ce Jehan de Rohan rencontre Robin Foucquet et Jean Crès, qui, parmi d'autres compétences, se veulent typographes. On se gardera bien d'en faire seulement des imprimeurs. Le dernier nommé saura bien en 1498 effectuer chez Pierre de Rohan, dans son château de Quintin, des travaux de tuyauterie. Le plus juste serait sans doute de déclarer bricoleurs en typographie nos deux habiles. Car, pour savoir faire autre chose, ils n'en maîtrisent pas moins leur art. Que l'on ouvre leur chef-d'oeuvre, ces Constumes (sic) et constitutiones de Bretaigne (sic) dans l'exemplaire établi dans sa reliure d'origine que vient d'acquérir la bibliothèque municipale de Rennes, pour s'en aviser. Ils disposent d'un matériel suffisant. D'où le tiennent-ils ? Où ont-ils appris leur métier ? Sur le second point, et sans que nous puissions reconstituer leur carrière avant 1484, il est permis d'avancer une hypothèse en se fondant sur l'exemple de Jean Brito. Ce natif de Pipriac, qui appartient à la génération précédente, avait vécu à Tournai où il exerçait la profession de "maistre d'escripture", c'est-à-dire celle de calligraphe et, peut-être aussi celle d'enlumineur. Citoyen de Bruges en 1455, il y acquittera de 1454 à 1463 la cotisation à la guilde de Saint Jean. On suppose qu'il mourut vers 1484, au moment où Foucquet et Crès entreprennent leur travail. Pourquoi ne pas supposer que nos deux hommes étaient allés se former, comme Brito, au loin, puis que, pris du mal du pays, ils seraient revenus parmi les leurs, partager une science nouvelle ? Ce scénario serait d'autant plus probable qu'ils semblent bien avoir apporté avec eux leur matériel.

    Au début des années 1480, typographes et presse sont  volontiers gyrovagues. Dans les rares cas pour lesquels nous disposons d'une documentation sûre, nous sommes frappés par la fièvre itinérante qui règne dans ce qui n'est pas encore tout à fait une profession (....) Rien, nulle part ne ressemble cependant tout à fait à Bréhan. Ici l'établissement de l'imprimerie suppose une rencontre entre la volonté d'un homme, mécène potentiel et d'une presse servie par des ouvriers qualifiés. D'où vient-elle ? Après beaucoup d'autres, nous avons tenté de préciser l'origine du matériel utilisé. Or il apparaît très proche de celui d'un imprimeur flamand, Arend de Keyser, actif entre 1480 et 1490. Il convient donc de chercher du côté des Pays-Bas (....) Aux indices relevés chez le typographe d'Oudernarde, il convient d'ajouter ceux qui procèdent de l'examen des habitudes commerciales de l'époque. Nombre de ports bretons sont en relations avec le Nord. C'est un courtier nantais, Guillaume de l'Espine, qui gère, si l'on peut dire, le territoire de la Basse-Bretagne , dès 1480. De là à supposer que le trajet suivi par les livres qu'il vendait, pouvait l'être à l'occasion par des presses et du matériel en provenance des Pays-Bas, il y a un pas que nous franchirions volontiers si une preuve nouvelle fortifiait cette hypothèse. Resterait alors à établir si Foucquet et Crès sont venus de Nantes, voire des Flandres, avec leurs instruments ou bien si Jean de Rohan les a délégués pour les y aller chercher. Il nous paraît que le premier cas est le plus vraisemblable, car le matériel n'était rien sans l'art de savoir s'en servir, et il faut bien que nos deux hommes se soient formés en un lieu où l'on imprimait déjà, et sous un maître. Pour le papier, en revanche, point d'énigme, il se trouvait sur place.

    Quoiqu'il en soit des origines de Bréhan, une fois l'atelier établi, c'est à Jehan de Rohan qu'il revient d'en diriger ce que nous hésitons à appeler la politique éditoriale, tant il est clair que ces presses-là affichent leur vocation égotiste, la satisfaction des goûts de celui qui les stipendie. Alors que sur le marché européen dominent, et pour longtemps encore, les textes en latin, Crès et Foucquet n'impriment qu'en français."

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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