| Accueil | Créer un blog | Accès membres | Tous les blogs | Meetic 3 jours gratuit | Meetic Affinity 3 jours gratuit | Rainbow's Lips | Badoo |
newsletter de vip-blog.com S'inscrireSe désinscrire
http://bocme.vip-blog.com



VIP Board
Blog express
Messages audio
Video Blog
Flux RSS

Saint-Etienne-du-Gué-de-l'Isle

VIP-Blog de bocme
  • 7 articles publiés
  • 0 commentaire posté
  • 1 visiteur aujourd'hui
  • Créé le : 21/05/2007 18:45
    Modifié : 25/02/2011 12:13

    Fille (57 ans)
    Origine : Saint Brieuc
    Contact
    Favori
    Faire connaître ce blog
    Newsletter de ce blog

     Avril  2026 
    Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
    300102030405
    06070809101112
    13141516171819
    20212223242526
    27282930010203
     

    Jehan Rohan du Gué de l'Isle (II)

    15/03/2010 08:41



    2 - La fabrication du papier

    La fabrication de papier est une autre innovation à mettre à son actif. Elle est toujours visible dans le paysage par la présence d'un moulin qui en conserve le nom bien que la fabrication de papier ait cessé. Invention chinoise ( 105 ap. JC), elle met plus d'un millénaire à arriver en Europe par l'intermédiaire des Arabes. Le premier moulin de France est construit à Troyes en 1338, en Bretagne en 1413. Jean de Rohan ne se contente pas d'un, il en fonde deux au lieu qu'on appelait à cette époque la Ville-Jegu (à la fois sur Plumieux et Bréhan). Il faut savoir que la Ville-Jegu d'autrefois s'étendait sur les lieux du Moulin à papier d'aujourd'hui et sur Bodiné où se trouvait le deuxième moulin. Voici ce que dit un aveu de 1499 : "Item les moulins à papier audit seigneur du Gué de l'Isle appartenans, iceux moulins, tant à blez, foullerets, que à papier, situez sur la rivière de Helyer, es parouesses de Plumieux et de Brehant-Loudéac". Les moulins à papier n'existaient pas sur les aveux de 1410 et 1462 présentés par les seigneurs du Gué-de-l'Isle. Ils ont donc été construits entre ces deux dates, et le filigrane du papier utilisé par l'imprimerie constitué d'une hermine (symbole de la Bretagne ) incluse dans un losange (figurant les mâcles de Rohan) laisse supposer qu'ils ont effectivement fourni le support nécessaire à Foucquet et Crès, et qu'ils étaient en fonctionnement en 1484. L'un au moins fonctionnait encore au XIX° siècle.

    3 - Le bâtisseur de château

    Jean de Rohan a aussi embelli son domaine du Gué-de-l'Isle, en (re)construisant son château. Il n'a pas été possible de trouver de documentation sur ces travaux (mais des archives inédites pourraient un jour resurgir). Le précédent avait été bâti environ 150 ans plus tôt, en pleine époque médiévale. Le caractère défensif était certainement beaucoup plus prononcé. Etait-il à la base du nouveau château ? Etait-il seulement au même endroit ? Sur ce point, il reste aussi beaucoup de questions à éclaircir. On ne peut que faire confiance à la description faite dans l'Inventaire général du patrimoine culturel : "Datation(s) principale(s) : milieu 15e siècle ; 2e moitié 16e siècle ; 19e siècle

    Commentaire historique : Château construit au milieu du 15e siècle pour une branche cadette des Rohan née à la fin du 13e siècle d'une alliance Coëtlogon Rohan. Système défensif bastionné construit à la 2e moitié 16e siècle. Chapelle 19e siècle construite à l'emplacement de l'aile nord détruite. Elévation antérieure remaniée au 19e siècle (baies) . Distribution intérieure remaniée au 19e siècle (mur de refend divisant la salle du rez-de-chaussée et celle de l'étage, escalier dans-oeuvre à retours) . Parties agricoles construites au 19e siècle. Douves et bastions détruits au 19e siècle, après l'établissement du cadastre ancien non daté, vers 1850".

    A la lecture de la notice, il n'est pas question de fondations datant d'Eon de Rohan, d'où, une fois de plus, la question : le château a-t-il été toujours à son emplacement actuel ?  

        4 - Le capitaine

    Jean de Rohan ne s'occupait pas que de ses domaines. Il avait des activités, administratives et militaires. On a déjà vu qu'il était chambellan et grand-fauconnier du duc de Bretagne. Il était donc dans les sphères politiques du duché, et à ce titre, il devait peu résider au Gué-de-l'Isle. Et ce d'autant plus que début janvier 1458 il est nommé par le duc Pierre II capitaine de Conc (l'actuel Concarneau) et qu'il va le demeurer jusqu'en 1480. Sa mission à ce poste était de protéger la Bretagne et les habitants de la région d'une invasion des Anglais. La guerre de Cent ans contre les Français venant de se terminer, les Anglais comptent bien se réinstaller sur le continent en exploitant les points faibles de la côte. Les années 1455 et 1456 voient les Anglais piller les bateaux et les villes côtières. Concarneau, longtemps aux mains des Anglais (30ans) avant qu'ils n'en soient chassés par Duguesclin en 1373, a sa ceinture murale détruite, malgré les projets et ordres de reconstruction. Ce travail de fortification est entrepris par Jehan de Rohan-du-Gué-de-l'Isle en parallèle avec une reconstruction similaire à Quimper. On sait que les travaux et la mise en place des gardes étaient terminés avant 1477 car 1e 17 février de cette année, des soldats à la solde de Louis XI, escaladant les murailles de la place forte, étaient repoussés grâce à l'alarme des sentinelles. L'alarme fit toutefois suffisamment peur pour que le duc décidât de poursuivre les travaux et adjoignît deux aides à Jean Rohan du Gué del'Isle. En 1480, il quitte la fonction et on le retrouve cette même année capitaine de la Chèze d'après les données qui figurent sur la montre dont il va être question ci-après.

     Enfin, sans faire l'objet d'un point particulier, Jean de Rohan du Gué de l'Isle semble avoir été très porté sur la chasse. Trois éléments l'indiquent : sa fonction de grand-fauconnier du duc, sa mission d'"entretènement de la vénerie" de la vicomté de Rohan, et un procès (le seul trouvé le concernant) pour avoir chassé illégalement dans la forêt de Cran. Il a apparemment préféré la chasse à la guerre, évitant de passer d'un camp à l'autre, d'une traîtrise à l'autre, ce qui fut exceptionnel à l'époque.

    Ses ressources

    Pour entreprendre, il faut des ressources financières et Jean de Rohan du Gué-de-l'Isle n'en manquait pas. Différentes sources apportent des informations parcellaires mais signifiantes. L'inventaire des "montres" situe déjà le personnage dans la toute petite minorité des seigneurs possédant plus de 1000 livres de revenu par an.. Pour mieux saisir, il convient d'expliquer ce qu'était une montre[1]

    Les nobles avaient le grand privilège d'être exempts d'impôts, et en contrepartie, ils étaient astreints au service militaire, charge honorable certes, mais qui n'en était pas moins lourde à supporter. Ils devaient à leur seigneur suzerain le concours de leurs personnes et de leurs armes.

    Le harnois, c'est-à-dire l'uniforme et l'armement, se réglait par mandement des Ducs suivant les revenus de chacun.

    L'uniforme n'était pas varié. Le voici, suivant les cas :
    - La brigandine, haubergeon ou cotte de maille, armure de fer composée de lames jointes et servant de cuirasse.                  
    - Le paletoc, vêtement de gros drap qui se mettait comme la brigandine.
    - La salade, sorte de casque sans cimier, presque un simple pot.
    - Les gantelets, gants, garde bras, avant bras, lesches ou mailles de bras, brassards, gorgerettes et harnois de jambes.

    L'armement était plus compliqué. On y voyait : l'épée et la dague, l'arc et la trousse, l'arbalète et les traits, la javeline, la pertuisane, la coutille et les vouges et juzarmes. D'où les noms d'archers, d'arbalétriers, de coutilleurs, de vougiers et de juzarmiers qui distinguaient les différents guerriers.

    Ceci dit, voici, d'après le mandement de Pierre II du 15 février 1450, comment les possesseurs de fief nobles devaient s'armer en cas de convocation :
    - Au dessous de 60 livres de rente, en brigandine ou en paltoc nouveau modèle sans manches mais avec lesches ou mailles sur les bras, avec faculté de se servir d'arc ou de juzarme.
    - Entre 60 et 140 livres, en archer en brigantine ou en juzarmier, avec un coutilleur (soit 2 chevaux).
    - Entre 140 et 200 livres, en équipage d'homme d'armes (la tenue de la gendarmerie permanente de lanciers), avec un coutilleur et un page (soit 3 chevaux).
    - En 200 et 300 livres, en équipage d'homme d'armes, avec un archer ou juzarmier en brigandine, un coutilleur et un page (soit 4 chevaux).
    - Entre 300 et 400 livres, toujours en équipage d'homme d'armes avec deux archers, un coutilleur et un page (soit 5 chevaux).

    Et ainsi de suite en augmentant d'un archer par cent francs de revenu.

    Quand le Duc voulait mettre en mouvement cette énorme machine qu'était l'arrière ban, il publiait un mandement qui ordonnait les montres générales ou revues "des nobles, anoblis et sujets aux armes par raison de la noblesse d'eux ou de leurs fiefs", en donnant pour chaque évêché un lieu de réunion. "Il envoyait aux montres un commissaire et un capitaine assistés d'un clerc qui portait les rôles et d'un procureur pour verbaliser contre les délinquants. Après la montre, les gentilshommes élisaient leurs capitaines et attendaient l'ordre de mobilisation. Cet ordre était l'objet d'un second mandement où le Duc fixait les points de concentration assignés aux divers contingents".

    A la montre de Saint-Brieuc de 1479, on comptabilise la présence de 18 nobles de Plumieux[1] :

     

    Olivier CHASTEIGNERAYE (5 livres de revenu) : porteur d’une brigandine et comparaît armé d’une vouge,

    Jean de BONNALEN (60 livres de revenu) : porteur d’une brigandine et comparaît armé d’une vouge

    Alain DE CHASTEAUTRO (60 livres de revenu) : porteur d’une brigandine et comparaît en archer

    Jehan DE COETLOGON de Coetlogon (400 livres de revenu) : comparaît comme homme d’armes  à 2 archers, coustilleurs, page et 4 chevaux.

    Olivier DE GRALEN (10 livres de revenu) : porteur d’une brigandine et comparaît armé d’une vouge

    Alain DE LA CHESNAYE (30 livres de revenu) : porteur d’une brigandine et comparaît en archer

    Jehan DE LA VALLEE (10 livres de revenu) : porteur d’une brigandine et comparaît armé d’une vouge

    Jehan DE LA VALLEE de Garenne (10 livres de revenu) : porteur d’une brigandine et comparaît en archer 

    Jehan DE LA VILLEJUHEL (35 livres de revenu) : défaillant 

    Jehan DE ROHAN de Gué-de-l’Isle (1400 livres de revenu) : excusé comme appartenant à la maison de Rohan 

     

    Prigent DE VENDREUL (ou Pengreal ?) (100 livres de revenu) : excusé comme appartenant à une compagnie d’ordonnance 

    Jehan DU CAMBOUT de Cambout (250 livres de revenu) : comparaît comme homme d’armes  à 4 chevaux

    Antoine FOLIART (12,5 livres de revenu) : porteur d’une brigandine et comparaît armé d'une pertuisane

    Jehan FOLIART (40 livres de revenu) : porteur d’une brigandine et comparaît en archer

    Jehan HAZART (30 livres de revenu) : porteur d’une brigandine et comparaît armé d’une vouge

    Françoise LE CORGNE, représentée par Pierre DAEN (100 livres de revenu) curateur, a présenté Guillaume Le Vitrier : porteur d’une brigandine et comparaît armé d’une vouge 

    Eonnet LE MOUENNE (10 livres de revenu) : porteur d’une brigandine et comparaît armé d’une vouge 

    Dom Jean DU TERTRE, représenté par Jean Passedouet (7 livres) porteur d’une brigandine et comparaît armé d’une vouge


    Quand on compare les revenus de Jean Rohan du Gué-de-l'Isle avec ceux des autres gentilhommes, l'écart est immense. Pour conforter cet opinion, on peut aussi le comparer avec les nobles de Bréhan :

    Alain AGAISSE (60 livres de revenu) : porteur d'une brigandine, comparaît en archer

    Morice BUDES (20 livres de revenu) : porteur d'une brigandine, comparaît en archer

    Enfants DE BODEGAT (10 livres de revenu) représenté par leur tuteur Jean de BREHAND : porteur d'une brigandine, comparaît en archer

    Françoise DE PLUFFRAGAN représentée par Henry CADORET, son garde (120 livres de revenu) : comparaît comme homme d'armes à 2 archers

    Henry CADORET de Estuer (300 livres de revenu) : comparaît comme homme d'armes à 5 chevaux, 2 archers, un coustilleur et un page 

    Thomas CADORET (100 livres de revenu) : porteur d'une brigandine, comparaît en archer

    Alain DE BREHAND de Glécouët (70 livres de revenu) : porteur d'une brigandine, comparaît armé d'une vouge

    Jehan DE BREHAND (80 livres de revenu) représenté par Alain, son tuteur : porteur d'une brigandine, comparaît en archer

    Jehan DE BREHAND de la Tousche (50 livres de revenu) : porteur d'une brigandine, comparaît en archer

    Jehan DE COETUHAN : excusé comme appartenant à une compagnie d'ordonnance

    Selvestre DU GUE DE L'ISLE ( probablement un bâtard de Jean de Rohan-du-Gué-de-l'Isle) (7 livres de revenu) : excusé comme appartenant à la maison de Rohan

    Jehan EUDOUS (30 livres de revenu) : porteur d'une brigandine, comparaît vêtu en archer

    Jehan TIMADEUC (140 livres de revenu) , représenté par son curateur Sylvestre de Timadeuc, porteur d'une brigandine, comparaît en archer

     

    La moyenne des revenus des nobles de Plumieux (hors Jean de Rohan du Gué de l'Isle) est de 72 livres, celle de Bréhan de 81. Les revenus de Jehan de Rohan sont 20 fois supérieurs à la moyenne des autres, et il existe un écart de plus du triple par rapport au 2° mieux renté, Jean de Coëtlogon. Sur le diocèse de Saint-Brieuc, il est le quatrième plus fortuné des 1825 recensés.

    Un tableau dressé par Yvonig Gicquel dans "Jean II de Rohan ou l'indépendance brisée de la Bretagne " donne une échelle des revenus et le pouvoir d'achat correspondant. Il est reproduit dans l'artice Jehan de Rohan du Gué de l'Isle (III) pour aider à cerner la puissance financière du seigneur du Gué de l'Isle largement ignorée et sous-estimée jusqu'à nos jours.

    Pour résumer, on peut situer un salaire moyen de l'époque à environ 0,10 livre par jour soit 25 livres par an. Beaucoup de nobles, à Plumieux, Bréhan comme ailleurs en Bretagne étaient donc désargentés, gagnant moins que bien des paysans. Les rentes annuelles de Jean de Rohan représentaient le travail d'environ 50 personnes sur la même période, et si on raisonne en pouvoir d'achat, il pouvait s'offrir chaque année 3 belles maisons. Pour  être encore plus complet, il faut savoir qu'aux montres n'étaient retenus que les revenus du domaine noble et non les rentes des terres roturières, les gages, les bénéfices, et les pensions diverses dont Jean de Rohan ne manquait pas et qui doublaient au moins ses entrées financières, ainsi qu'il s'ensuit :

    En tant que branche cadette des Rohan, et participant au Conseil du Vicomte de Rohan, il percevait 60 livres 2 fois l'an ("pour sa pension du demi-an, outre la capitainerie de la Chèze ") et, pour "l'entretènement de la vènerie" : 160 livres. Sa fonction de grand-fauconnier du duché lui était rémunérée 300 livres. La pension afférente à la charge de chambellan était couramment fixée à 200 livres.

    En tant que capitaine de place forte, la solde était variable. Pour Concarneau, elle pouvait se situer autour de 200 livres/an. Quand il était à la Chèze , elle était de 120 livres , et à Josselin de 300 livres.

    Ses biens roturiers, ses fermes à censive, lui rapportaient une somme qui reste à établir, de même que les 7 ou 8 moulins qui lui appartenaient le long du Lié et de ruisseaux : la Fosse , l'Isle, Lesmeur, Jagu, les 2 moulins à papier, Penhouët. (Reste à savoir si celui de Bocmé, celui de Pont-Bréhan existaient à l'époque, et d'autres éventuels). Il avait aussi des fours, une ou plusieurs pêcheries. Cela pour le Gué de l'Isle, mais il ne faut pas oublier ses autres terres de Pornic, du Henleix, de Trégalet, de la Chastaigneraye.

     

    En conclusion, on peut se demander pourquoi Jean Rohan du Gué de l'Isle n'a pas laissé plus de souvenir dans l'histoire locale et dans l'histoire bretonne. La réponse semble résider dans le fait que son lignage a disparu quelques années après lui. Personne n'a été là pour ranimer son souvenir, en tirer gloire, en faire l'histoire. S'il n'y avait eu l'imprimerie, il aurait même été totalement oublié, alors qu'il fut un personnage puissant, riche et probablement entièrement fidèle à la Bretagne.  

     



    [1] Source : Dictionnaire des feudataires de l'évêché de Saint-Brieuc en 1480, paru dans les Mémoires 1995 de la Société d'Emulation des Côtes d'Armor

     





     


    [ Annuaire | VIP-Site | Charte | Admin | Contact bocme ]

    © VIP Blog - Signaler un abus