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Saint-Etienne-du-Gué-de-l'Isle

VIP-Blog de bocme
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  • Créé le : 21/05/2007 18:45
    Modifié : 25/02/2011 12:13

    Fille (57 ans)
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    Réglement de comptes au château

    15/03/2010 08:44



    Dans sa thèse intitulée « Le criminel devant ses juges en Bretagne », Mme Christiane Plessix-Buisset raconte les épisodes d’une affaire judiciaire à rebondissements qui présente un double intérêt : sur le plan juridique et pour l’histoire locale. Le 18 janvier 1648 « Urbain Quéchon fermier pour une moittyé de la terre et seigneurye du Gué de l’Isle, la Feillée et Belle-Isle » dépose plainte devant les juges de Ploërmel. Il aurait été attaqué, maltraité, séquestré et volé par René et Pierre Les Hardouin, Yves Huguet et Mathurin Guillemot, les deux premiers habitant le château. La veille au soir « environ demy heure après soleil couché », ils lui auraient dit notamment « Rendez la bource, nous aurons vostre argent » et parlant entre eux, « traisnes-le au chasteau du Gué de l’Isle et nous lèverons le pont et auront tous son argeant et le tiendrons enschesné et lierons pour mieux avoir son or et son argent ». C’est ce qu’ils firent, et lui volèrent 4500 livres tournois et 1000 livres en écus d’or ainsi que divers titres et quittances. Leur forfait commis, ils avaient laissé Quéchon quitter simplement le château. Celui-ci avertit dès le lendemain le juge de sa mésaventure et lui demande de se « transporter au bourg de Saint-Etienne et au chasteau du Gué de l’Ille ».

    Ce que fait aussitôt le juge, accompagné du greffier et d’un sergent. « Et dudit bourg, nous sommes transportés au-devant dudit chasteau du Gué de l’Isle et trouvé les pont levys levés et ny pouvant entrer avons enjoint audit Mignot (le sergent) faire sommation et commandement à Jean Hingaut portier du chasteau de faire ouverture des portes et abattre ledit pont levis, ce que ayant fais par plusieurs fois aurions entendu la voye d’un personnage disant qu’il n’obéiroit auxdites sommations ». Il devait être tard, le voyage avait été fatiguant ; ce jour-là le juge n’insista pas et rebroussa chemin : « ce que voyant serions retournés audit bourg de Saint-Estienne et avons pris notre coucher ».

    Le « lendemain jour de lundi », nouvelle tentative. Les ponts sont toujours levés, et les portes toujours fermées. Nouvelles sommations. C’est alors qu’ « auroit paru à une petite fenestre cavée du logeix du portier à main gausche vers le soleil un personnage à nous interrogeant, ayant un bonnet rouge et coueffe blanche à la teste, lequel somant derechef d’ouvrir et faire abattre les ponts, ce qu’il auroit reffuzé disant qu’il n’était point criminel et qu’il n’eut ouvert ». Cette apparition était, aux dires des personnes présentes, celle de l’un des frères Hardouin. Les choses se gâtaient car « Hardouin et nombre d’autres qui paroissoient par sur les grands ponts dudits chasteau » avaient les armes à la main. Prudent, le juge après avoir « nombre de fois sommé de faire ouverture desdites portes et ponts, ce que, dit-il, nous ayant reffusé » retourne « audit bourg de Saint Estienne pour procéder à enqueste » et se transporte « dans l’auditoire dudit lieu du Gué de l’Isle estant dans l’un des coins du cimetière ».

    La même mésaventure faillit arriver quatre mois plus tard à l’alloué et lieutenant de Ploërmel devant ce même château. Quéchon était venu se plaindre auprès des juges de cette juridiction royale d’avoir été une fois encore attaqué et mis à mal par les frères Hardouin. Mais il y avait eu mort d’homme : Boyslevin son serviteur s’était noyé dans les douves du château au cours de l’échauffourée. A la demande et sous la conduite de Quéchon, le juge se transporte au château du Gué de l’Isle, et raconte : « Estantz arrivés avons trouvé icelle porte fermée, à laquelle ayant fait frapper par ledit Rozé (le sergent) parut une servante, laquelle ne nous cognoissant se mit en effort de lever le pont ». Mais cette fois les ponts et les portes restèrent ouverts car la servante effrayée fut « empeschée de les refermer par les records et aultres » accompagnant le juge enquêteur.

    Plus loin, l’auteur soulève le problème des frais d’obsèques : ceux-ci sont normalement couverts par le patrimoine successoral du défunt. Mais qu’en était-il pour les victimes qui ne possédaient bien souvent aucun patrimoine ? Dans son ordonnance, l’alloué de Ploërmel permettant d’inhumer le malheureux Boyslevin qu’on avait retiré des douves du château fournit la réponse. Les frais d’inhumation restaient à la charge du fossoyeur qui recevait en maigre compensation un vêtement de la victime ! « Ordonnons que le hault de le bas de chausse demeureront au fosseur et enterreur dudit cadavre et faisant dire une messe à l’intention dudit Boyslevin si mieux la femme dudit Boyslevin n’ayme bailler la somme de 10 sols audit fosseyeur ». La femme du pauvre valet pût-elle verser cette somme, ou le fossoyeur dût-il se contenter des hauts et bas de chausses trempés par un séjour de deux journées dans l’eau ? On l’ignore.

    Des experts sont chargés de déterminer la cause de la mort. : Boyslevin était-il déjà mort avant de tomber dans l’eau ou s’était-il noyé ? Sur une question du juge qui a remarqué de l’écume et « eau bouffizante » sortant des narines et de la bouche de la victime, les experts répondent qu’ « à leur opinion et santiment telle eau escumante ne pouvoit procéder d’aultre chosse ny subjet que par estouffement et boucheure de cartillage ou narines quy peult avoir causé la mort audit Boislevin ».

    Pour essayer de savoir qui a vraiment blessé mortellement Boyslevin, ou s’assurer qu’il ne s’est pas noyé accidentellement, le juge invite à toucher le cadavre toutes les personnes qui assistent, à ses côtés, à ses constatations et à celles des chirurgiens. Il y a là les maîtres de la victime, les fermiers du château, un métayer, et « Maistre Allain Boisadan, Mathurin Guillemot, Yves Périchot, ensemble Me Ollivier Guillemot et François Lorand présants », à qui l’on fait toucher ledit corps alternativement ». Tous étaient au nombre des antagonistes et avaient participé à un titre ou à un autre aux évènements de la veille. C’est donc parmi eux que l’alloué pense trouver le responsable de la mort de Boyslevin. Malheureusement, il ne peut que prendre acte de l’absence d’effet tangible des attouchements : le cadavre de Boyslevin « n’a sorty auchun sang ny eau du corps ny vissaige d’iceluy » et aucune réaction étrange ne s’est manifestée chez les soupçonnés.

    Dans la suite de son étude, Christiane Plessix-Buisset relève une infraction à la procédure habituelle qui voulait que le juge n’auditionne pas les serviteurs d’un accusé. Au cas présent, il auditionne pourtant « Cyprienne Binard demeurant servante avecque ledit Mre René Hardouin ». Cette dernière dépose non seulement à décharge de son maître mais à charge de Quéchon, et c’est essentiellement sur son témoignage que Quéchon passe de l’état d’accusateur à celui d’accusé et d’inculpé !





     


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