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Saint-Etienne-du-Gué-de-l'Isle

VIP-Blog de bocme
  • 7 articles publiés
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  • Créé le : 21/05/2007 18:45
    Modifié : 25/02/2011 12:13

    Fille (57 ans)
    Origine : Saint Brieuc
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    Cahier de textes

    10/02/2010 09:57



    Textes divers sur la commune de Saint-Etienne-du-Gué-de-l'Isle           

    Paroles d'instituteur 

    2 Jean de Rohan-du-Gué-de-l'Isle (I)

    3 Un peu de généalogie : Marcel Carné

    4 Jean de Rohan-du-Gué-de-l'Isle (II)

          5 Règlements de comptes au château       

                    6 Jean de Rohan-du-Gué-de-l'Isle (III)   

                    7 Une étrange destinée             

        

    Les articles de ce blog viennent en complément du texte figurant sur wikipedia à l'adresse suivante :

     

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-%C3%89tienne-du-Gu%C3%A9-de-l%27Isle

            

                       

    Paroles d'instituteur

    M. Blayo, ancien libraire à Pontivy, conserve dans ses Archives, un texte datant des années 1911-1913 écrit par l’instituteur de l’école des garçons de Saint-Etienne, M. Joseph Chapron. Ce dernier est l’un des quatre auteurs de la méthode Boscher, qui porte le nom de son principal créateur, lui-même instituteur avec sa femme à Saint-Barnabé. Le grand-père de M. Blayo était Emile Gilles, auteur de monographies sur le centre Bretagne. Pour ce faire, il demandait à des correspondants de lui fournir des renseignements sur l’histoire, les monuments, les coutumes, la vie de leur commune. Il en sortait ensuite des livres. Celui qui devait traiter notre zone, a bien été écrit mais le manuscrit s’est perdu. Heureusement, le document de M. Chapron a été gardé. C’est ce texte qui est retranscrit intégralement ci-dessous. Il sera suivi de commentaires et d’éclaircissements. M. Chapron ne disposait pas des possibilités actuelles d’accès aux Archives, ce qui explique un certain nombre d’erreurs dans son texte, mais cela donne aussi une idée de ce que pensaient les habitants à cette époque.

    L’église

    La paroisse de Saint-Etienne-du-Gué-de l’Isle doit dater du XV° siècle, si l’on en juge par les actes (très rares !) de l’état-civil que le maire a pu retrouver et qui datent de 1602. A la place de l’église actuelle, il y avait une toute petite chapelle qui était la chapelle du château. Vers 1600 et quelques années, cette chapelle, ainsi que tout le patrimoine communal, fut donnée à la nouvelle paroisse (je dis nouvelle car sans doute n’existait-elle pas avant puisqu’il n’y avait pas d’église mais seulement une chapelle pour les Rohan du Gué-de l’Isle) par le seigneur Jean-Marie de la Feuillée époux de Cyprienne de Rohan. L’église actuelle, assez petite, a été construite à la place de l’ancienne chapelle vers 1850. Elle n’a rien de remarquable. Elle ne possède pas de vitraux. Elle est plutôt insignifiante au point de vue art, style. Le patron de l’église est Etienne. Son pardon a lieu le premier dimanche d’août. On l’invoque pour les maux de tête. Le pardon n’offre pas grand intérêt et il y a peu de pèlerins.

    Il y a près de l’église, dans le coin d’un champ, une fontaine intarissable qui donne de l’eau à presque tous les ménages du bourg.

    Dans la commune, il n’y a aucune chapelle et par conséquent on n’y invoque aucun saint autre que saint Etienne.

    Le château

    J’ai essayé de reconstituer son histoire par renseignements. Impossible. Voici ce que j’ai pu recueillir à son sujet.

    Il a été construit au XV° siècle par un seigneur de la famille des Rohan. Existait-il en même temps que le château de la Chèze ? Je n’ai pu le savoir.

    Il est situé à 200 mètres du bourg, sur le bord du Lié. La rivière coule à 50 mètres du pied du château et, près du jardin, passe un joli ruisselet très abondant qui amène les eaux du bois du Gué-de l’Isle et qui entretenait autrefois les fossés qui entouraient le château.Ces fossés ne sont entièrement comblés que depuis 50 ans. Au moment où le plan cadastral a été dressé, en 1830, ils existaient encore.

    La partie principale du bâtiment –le château proprement dit- existe tout entier. Les anciennes dépendances marquées sont démolies. C’étaient d’anciennes écuries. A la place on a construit il y a 40 ou 50 ans une espèce de chapelle qui est restée inachevée. L’enceinte et les fossés qui l’entouraient encore en 1830 ont entièrement disparu. L’exposition du château est est-ouest. Les appartements sont dédoublés : au milieu se trouve un long corridor. Les tourelles existant toujours abritent quantité d’oiseaux. Les gens du pays racontent que dans les tourelles on voit l’entrée des oubliettes. Et à ce sujet, on dit ici que les Rohan étaient très durs pour le pauvre monde, mais on ne peut raconter aucun fait précis. On a tout simplement conservé des vagues souvenirs des misères du……bon vieux temps.

    Aujourd’hui à l’est du château, il y a une belle pelouse avec une avenue de 100 mètres de longueur au milieu qui aboutit à la route de grande communication de Loudéac à Josselin. (J’ai omis de dire que le château se trouvait au bord de cette route). Au sud, il y a un beau jardin, à l’ouest des arbres et le Lié et au nord une futaie au milieu de laquelle se trouve une maison abritant les religieuses qui autrefois tenaient l’école communale mixte de Saint-Etienne. L’une de ces religieuses est la préceptrice des enfants du propriétaire du château, l’autre va voir les malades.

    La chouannerie

    Je n’ai pas de renseignements précis au sujet de la lutte des Bleus et des Chouans. Certaines personnalités du pays (dont le grand-père de ma patronne de pension) furent emmenées à Mi-Voie où elles furent jugées sommairement et fusillées.

    Lieux hantés

    Ici (ou plutôt en Plumieux mais sur la limite de Saint-Etienne) il y a une magnifique ferme qui porte le nom de Ker-Anna. C’est l’œuvre du père du métayer actuel. Il y a 50 ans, elle était en lande inculte, aujourd’hui c’est presque une ferme modèle possédant un outillage des plus performants.

    On raconte donc que sur les landes de Ker-Anna, il y a un homme sans tête qui culbute tous ceux qu’il rencontre la nuit. Les mauvaises langues ajoutent qu’il ne culbute que ceux qui sont soûls.

    Au bord du Lié, au lieu dit la Châtaigneraie d’Helloco, sur la limite du bois du Gué-de l’Isle on voit souvent des chandelles ou des feux allumés la nuit et des fantômes courent autour. Ce sont des lapins ou des chevreuils que certains esprits peureux ont rencontrés. Quant aux chandelles, il s’agit de l’inflammation de gaz des marais.

    Voici une jeune légende (si on peut dire). Il y a quelques années (7 ou 8 je crois), un charbonnier meurt dans le bois du Gué-de-l’Isle. Il était sans famille. On l’étendit sur la terre recouverte par des sacs de charbon. Ce fut son lit mortuaire. Là où il était enterré, il n’a rien poussé depuis, même pas le plus petit brin d’herbe ou de mousse et, tout autour de la place occupée par le lit mortuaire, ont grandi de beaux genêts poussés là comme s’ils avaient été semés. Ils apportent de la graine mais elle ne lève pas là où avait reposé le mort. Je n’ai pas encore eu le temps d’aller voir moi-même cette curiosité, bien que cela soit à 300 ou 400 mètres du bourg (il est vrai que mon école se trouve loin du bourg).

    Les lieux actuels

    La commune de Saint-Etienne tirée de Plumieux a à peu près la forme d’une botte. Le bourg n’est pas au centre de la commune parce que le château est lui-même sur la limite de Bréhand et Plumieux.

    Le bourg se compose de 5 maisons de commerce et d’une ferme. Jusqu’à ces dernières années, il n’y avait au bourg qu’une auberge ; car tous les terrains appartiennent au châtelain qui n’a jamais voulu en vendre un pouce. Il y a 5 ou 6 ans, on s’est aperçu qu’un champ d’une autre ferme touchait le cimetière et une route neuve le longeant, deux maisons neuves se sont construites.

    Bien entendu, lorsqu’il y a 8 ans, il a fallu construire une école de garçons à la suite de la laïcisation, le châtelain s’est refusé à vendre la moindre parcelle de terrain. Mais la commune possédait sur le bord de la route de Loudéac à Josselin, à un kilomètre au sud du bourg, c’est-à-dire à peu près au milieu de la commune, une grande lande. C’est là qu’on a construit la nouvelle école limitée à l’est par la route de grande communication et à l’ouest par le Lié.

    Personnellement, je trouve que l’école est située ici mille fois mieux qu’elle ne le serait au bourg.Il est à prévoir d’ailleurs que le bourg se transportera ici, tôt ou tard, car l’actuel se trouve à 100 mètres de la grand-route étouffé par les bois et les propriétés du châtelain.

    J’oubliais le moulin à papier. Il y a à 8 km de Saint-Etienne (en Bréhand), sur le Lié un moulin qui s’appelle le moulin à papier. On devait encore y faire du papier il y a à peine un siècle. Aujourd’hui on y fait de la farine.

    En amont de ce moulin se trouve le hameau de Saint-Marc (en Bréhand) où il y a une chapelle avec une fontaine. Le pardon n’offre rien de remarquable.

    Au Nord-est de la route de Loudéac à Josselin, devant le château par conséquent, s’étend le bois du Gué-de l’Isle qui est assez vaste.

    La propriété est très jolie et forme un agréable paysage de verdure. D’ailleurs toute la vallée du Lié est très jolie : à l’ouest les côteaux de Bréhand et à l’est les belles prairies et cultures de ce pays (très avancé à ce point de vue). Le propriétaire actuel du château est le baron du Bois-Baudry qui en est possesseur depuis 25 ans. Le château appartenait auparavant à M. Villalon qui en avait lui-même hérité de son oncle François. Cet oncle était, paraît-il, homme d’affaires à Paris aux environs de 1830. Comment en est-il devenu propriétaire ? Ici on n’affirme rien mais on croit qu’il avait été chargé par des dames en 1833 d’acheter la propriété. Il serait venu au pays, l’aurait acheté mais en son propre nom. Le paya-t-il avec son argent ou celui des dames ? Ici on croit que l’acquisition fut malhonnête. On croit à une rouerie de cet homme de loi. En 1830 ou même en 1833, la propriété appartenait aux héritiers de Grasse qui la tenaient eux-mêmes de leur tante, la marquise de Grasse habitant près de Beauvais.

    C’est sans doute par allusion à la façon que les Villalon ont acquis la propriété que l’on raconte que le château est hanté, que Mme Villalon ne pouvait y dormir seule. Quand son mari n’était pas là ou quand elle fut veuve, elle faisait un homme du pays aller coucher au château ou encore monter la garde autour avec un fusil armé.

    De même Mme du Bois-Baudry, la propriétaire actuelle, ne voulait pas y dormir seule. Jusqu’à ces dernières années au milieu de la nuit on entendait un vacarme épouvantable durant toute la nuit. Maintenant la paix y est à peu près revenue, le baron l’ayant fait exorciser.

    Les lieux historiques

    En Saint-Etienne on voit encore les restes des châteaux du petit et du grand Bocmeur, qui étaient des dépendances de celui du Gué-de l’Isle. Autour de ces châteaux, il y avait autrefois de gros villages bien plus grands que ceux qui existent actuellement.

    Entre Plumieux et Saint-Etienne se trouvait autrefois une vaste lande (aujourd’hui cultivée) qui portait le nom (et le porte encore) de Cimetière des Anglais. Les Anglais seraient-ils venus jusqu’ici ? Sans doute.

    Noces-Baptêmes-Enterrements

    Baptêmes, rien de particulier.

    Noces : Dans certains villages on procède encore à la cérémonie de la beurrée. Quand la noce arrive au bourg, on va au-devant d’elle avec des morceaux de pain beurrés et l’on en offre à tous les assistants, en leur faisant goûter le meilleur cidre. C’est la façon de leur souhaiter la bienvenue et de leur faire les honneurs de la maison. Quant aux enterrements, rien de particulier si ce n’est que les morts des villages très éloignés (6, 7, 8 km) sont conduits jusqu’au bourg en grosse charrette attelée de 2 chevaux.

                                                             (fin du texte de M. Chapron)
    

    Commentaires

    Si le texte de M. Chapron comporte quelques erreurs notamment de dates, il apporte aussi des compléments qui méritent commentaires. Premièrement en ce qui concerne la chouannerie, Saint-Etienne n’a semble-t-il pas été beaucoup impliqué dans le mouvement, malgré une adhésion certaine à ses idées. Les fusillés de Mi-Voie dont parle M. Chapron étaient originaires de communes des environs. L’affaire fut la suivante : elle eut lieu, au départ, à la Touche d’en Haut en Bréhan le 9 octobre 1799 à midi à la ferme de Pierre Rouxel, au début du repas de la moisson de blé noir. La ferme en question avait déjà connu plusieurs détériorations de la part des chouans car, propriété de la famille de Talhouët, elle avait été vendue comme bien national à un Josselinais. Pierre Rouxel avait donc de régulières visites d’intimidation des chouans pour qu’il leur paie le fermage soi-disant dû aux Talhouët.

    Mais ce jour-là, ce fut un détachement de soldats et de gendarmes qui leur tomba dessus, les maîtrisa, et mit la ferme à sac. Sur ce, arriva Pierre Rouxel avec une nouvelle charretée de blé noir. Il fut aussi saisi et emmené. Le 10 octobre, les cinq prisonniers enchaînés étaient à Josselin, le 11 ils étaient en route pour Vannes. Ils étaient encadrés par 22 soldats et gendarmes, bien échauffés, semble-t-il. Arrivés à Mi-Voie, sur le coup de midi, ils furent fusillés, les soldats prétextant qu’ils se seraient rebellés. Les cinq victimes furent inhumées à Guillac. Il s’agissait de Pierre Rouxel (34 ans), de Marc Barclé (21 ans) de Plumieux, de Cyprien Raulo (21 ans) de Bréhan, Joseph Autain (22ans) de Loudéac, Guillaume Huet (22 ans) de Plessala. Ce quintuple assassinat, quoique condamné par la hiérarchie républicaine, donna quand même lieu au versement aux gendarmes de leur droit de prise de 800 F, argent qui fut volé chez quelques riches alentour. L’assassinat de Pierre Rouxel en particulier fut unanimement condamné, l’opinion générale s’accordant à penser qu’il était plutôt « bleu » que « chouan ». Un récit plus détaillé de cette histoire peut être lu à l’adresse suivante : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5691653f.pleinepage.r=Plumieux.f3.langFR

    Il peut sembler curieux de nos jours que M. Chapron parle du moulin à papier et de Saint-Marc dans sa description de Saint-Etienne, tout en précisant bien qu’ils se situent à « Bréhand ». Mais il faut savoir que tant l’un que l’autre ont fait partie du domaine du Gué-de l’Isle jusqu’au XIX° siècle, et au début du XX° les habitants devaient encore mentalement les intégrer à notre commune.

    Sa tirade sur les Villalon est beaucoup plus énigmatique. Et pourtant, elle apporte de l’eau au moulin de nos contemporains du XX° siècle qui racontaient encore que le château avait été volé à la Révolution par les Villalon. Leurs affirmations étaient incohérentes avec les faits. La propriétaire, la marquise de Grasse née le Sénéchal de Carcado n’avait pas émigré, son château n’avait pas été vendu comme bien national, François Villalon n’en avait fait l’acquisition qu’en 1832 à Beauvais. Cet épisode de la vie du château, à l’époque à l’abandon et quasi en ruine, demeure toujours aussi mystérieux.

    Pour tenter d’éclairer un peu les faits, on peut d’abord s’interroger sur la personnalité de ce François Villalon, un célibataire, roturier, étranger à la région. Des descendants collatéraux de sa famille, dont Mme Duranton de Cosne-d’Allier, arrière petite-nièce, ont participé à ces recherches. François Villalon était né à Saint-Thual en Ille-et-Vilaine en 1788. Ses parents étaient commerçants. Qualifié d’ « homme de loi », ses arrière-neveux actuels ont entendu dire qu’il a trempé dans des affaires politiques plutôt obscures sous le règne de Charles X et de Louis-Philippe. De fait le 4 décembre 1827, nous rapporte le « Répertoire alphabétique de la police politique sous le ministère déplorable », « le sieur François Villalon, avocat, demeurant à Saint-Thual, a obtenu à Rennes un visa de passeport pour Paris. J’invite Mr Hinaux à faire surveiller avec beaucoup de soin cet individu, qui passe pour être un agent très actif des révolutionnaires ». Réponse : « Immédiatement après que le sieur Villalon fût arrivé à Paris, il se rendit chez M. l’avocat Isambert. Il donne pour motif de son séjour à Paris le soin de suivre près de la cour de cassation une affaire particulière dont il est chargé en sa qualité d’avocat. Il se rend fréquemment dans les bureaux du ministre de la justice, et jusqu’à présent nous ne lui voyons pas d’autres relations. Il est fort peu communicatif et manifeste même beaucoup de défiance. Il se propose, dit-il, de quitter Paris sous environ quinze jours pour retourner chez lui ».

    Sous le règne de Charles X, roi réactionnaire qui veut en finir avec les principes de liberté et d’égalité, Isambert, avocat auprès de la cour de cassation était connu pour ses protestations contre les arrestations arbitraires sur la voie publique, son engagement en faveur de l’abolition de l’esclavage, pour l’égalité des droits, et ses appels à la rébellion. Ces informations aident à comprendre de quel bord était François Villalon et ses agissements ultérieurs.

    La Révolution de juillet 1830 vient renverser ce régime oppressif. Charles X doit abdiquer, ce qu’il fait en faveur de son petit-fils âgé de 10 ans, le duc de Bordeaux, fils de la duchesse de Berry. Mais le duc d’Orléans prend le pouvoir sous le nom de Louis-Philippe. Très logiquement, François Villalon se retrouve dans le « bon » camp et il serait même devenu « chef de la police secrète personnelle de Louis-Philippe ». Rapidement, l’agitation reprend autour de la duchesse de Berry qui veut se faire reconnaître régente. Elle tente donc en juillet 1832 de ranimer les guerres de Vendée et la chouannerie, mais en vain. Elle est arrêtée le 8 novembre 1832 dans une maison de Nantes. Les arrière-neveux de François Villalon ont toujours entendu dire qu’il prit part (laquelle ?) à son arrestation.

    Si l’on s’en tient à ces éléments, François Villalon apparaît comme quelqu’un d’éclairé, réformateur en lutte pour la justice. Il y a donc contradiction entre ces informations et le souvenir probablement fantasmé qu’en ont conservé les habitants de Saint-Etienne. Ses activités secrètes peuvent expliquer son acquisition d’un château dans un coin perdu et à l’abandon. C’est ce que pense d’ailleurs sa famille qui parle de réunions clandestines qui s’y seraient tenues.

    Quant à ces dames flouées, qui étaient-elles ? Avaient-elles un rapport avec la duchesse du Berry ? On sait que la duchesse fit une virée demeurée célèbre en Bretagne en 1828 et qu’elle comptait sur les Vendéens et les Bretons pour l’établir régente en attendant l’avènement de son fils. François Villalon aurait-il été agent double ? Dans le marigot où il semblait baigner, on doit imaginer beaucoup de scénarios, dont également celui de la franc-maçonnerie.

    On peut concevoir que ce comportement secret, distant, a conduit les Stéphanois à conclure que le château avait été « volé », mélangeant un peu vite la Révolution de 1789 et celle moins connue de 1830 suivie des troubles suscités par la duchesse. Car les documents officiels affirment que le Gué-de l’Isle a bien été acheté, ce qui a nécessité 5 actes notariés passés dans des études différentes entre le 9 janvier et le 16 février 1832, autant que d’héritiers de la marquise de Grasse. Le 28 mai1838, François Villalon fait don de ses biens à des neveux, dont Joseph Julien Villalon qu’il considérait comme son fils et qui hérite du château lui-même. Dans l’acte de donation, il est mentionné qu’il reste une dette de 25500 F à régler à une Mme de Grasse. S’il y avait eu vol, écritures factices, il aurait fallu obtenir beaucoup de complicités


    Et pourtant l’histoire du fantôme et de ses manifestations d’épouvante laisse planer un doute sur la sérénité d’esprit de la famille Villalon. Ce fantôme, bien mystérieux, est apparu à l’époque des Villalon, et même s’il a perturbé les premières années de la famille du Bois-Baudry, il n’a pas fait de difficultés pour obtempérer aux prières de l’exorciste et disparaître assez rapidement après le départ des Villalon. Les descendants de la famille se sont posé aussi des questions sur le disparu qui aurait pu vouloir hanter les lieux. Ils s’interrogent en particulier sur un frère de François Villalon, Joseph, lieutenant marin, qu’il avait nommé régisseur du château et de ses propriétés et qui, dans l’acte de donation sus-cité, s’était vu reconnaître un logement convenable au château, sa nourriture, la jouissance d’un domestique, d’une voiture, d’un cheval et d’une rente de 500F. Or ce Joseph disparaît un jour totalement. La trace de son décès n’apparaît sur aucun état-civil dépouillé. De là à associer sa mort au vague souvenir d’un accident qui avait eu pour conséquence la disparition d’une personne dans les oubliettes…. (mais dans ce cas, il aurait dû finir par être retrouvé et son décès inscrit à l’état-civil … !). Par ailleurs, y aurait-il un lien entre cette affaire et la « chose affreuse» qui faisait que dans les années 1930, on priait encore pour elle régulièrement à la messe à Saint-Etienne ? Il est probable que cette prière était une fondation instituée pour demander une réparation, de même que la chapelle du château, jamais terminée, aurait été, aux dires de la famille, une chapelle expiatoire. Mais en expiation de quoi ? Est-ce parce que le fantôme continuait, malgré tout, son tapage que l’édifice a été laissé en plan ?

    Aprés la mort en 1883 du neveu de François Villalon, Joseph Julien Villalon, sa femme, Mélanie Allain-Cavan, ne souhaite pas s’éterniser dans les lieux. Comme on la comprend… La propriété est vendue en 1886.

    Les Villalon n’ont pas laissé un bon souvenir auprès des habitants de Saint-Etienne. Ils étaient probablement trop distants et pas forcément bons avec leur personnel. Il n’en demeure pas moins qu’ils ont sauvé le château de la ruine totale (depuis combien de dizaines d’années n’était-il plus habité ?) en le rachetant et le restaurant, même s’ils en ont considérablement changé la configuration.





     


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